Dans le port d'amsterdam

(If you just want the chords, you will find them at the end of this post)

J'ai toujours trouvé que Dans le port d'amsterdam est une des plus puissantes et belles chansons de Jacques Brel. C'est totalement subjectif vu que je connais pas de marins à amsterdam (enfin mon frère était marin mais ça n'a aucun rapport) et je crois que c'est à peu près pareil pour la plupart des gens. Donc cette chanson quelque part se suffit à elle-même, elle crée pour ainsi dire un univers. Expression galvaudée jusqu'à la crise de tétanie par la Starac ("oui mais tu vois Kevin le problème c'est que tu nous laisses pas rentrer dans ton univers... Mais je sais que tu as pas eu de pokemon quand tu etais petit mais tu ne peux pas interioriser tes demons et esperer toucher le public lors du prime !") mais qui me semble avoir du sens, ici.

Mais aussi puissante qu'elle soit, il ne faut pas sa pâmer sans raison garder (ou alors juste un peu). On peut par exemple signaler que aussi puissants qu'ils soient, les accords de cette chanson sont quasiment identiques à ceux de Greensleeves, une ballade anglaise sur une fille qui a des manches vertes (ça arrive même aux meilleures). Amsterdam ne figure dans la liste pourtant longue de l'article wikipedia, mais je pense que la similarité est assez évidente à l'écoute. Mais là où cet article est intéressant, c' est qu'outre le fait que Greensleeves parle d'une fille qui repudie un amant c' est qu'on y apprend que greensleeves designerait soit une fille de petite vertu, soit une fille que l'on considère comme telle à tort. Peut être peut-on lier ceci à l'image peu flatteuse que Brel donne (ou semble donner) des femmes dans cette chanson :

Ils boivent à la santé des putains d' Amsterdam, de Hambourg ou d'ailleurs, enfin, ils boivent aux dames qui leur donnent leur joli corps, qui leur donnent leur vertu, pour une pièce en or. Et ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles.
Il semble clair que Brel glorifie les marins qui savent profiter des plaisirs simples de la vie et chercher le plaisir chez les femmes faciles (une dans chaque port) sans s'embarrasser de sentiments. Alors que lui au contraire y accorde de l'importance et se retrouve déçu et cocufié. On peut aussi noter la rythmique particulière de ce dernier vers, qui produit une pose à la fin du mot dames.
Ils boivent à la santé des putains d' Amsterdam,
De Hambourg ou d'ailleurs, enfin, ils boivent aux dames
Ce morcellement laisse entendre à l'oreille que ces putains sont les dames en général (toutes "les mêmes"), alors que le texte lui-même ne le dit pas ce qui est très habile de la part de Jacques Brel. Cela fait penser à cette lettre attribuée (à tort ?) à George Sand pour Alfred de Musset (le reste de la correspondance est tout aussi charmant).

Voici donc ma tentative de reprise de cette chanson. J'ai du faire 150 prises avant de prendre la dernière parce que sinon j'y serais encore.


Les paroles sont dans le lien ci dessus. Pour ceux que ça intéresse, les accords (entre parenthèse la notation anglaise) :

Solm (Gm)
Dans le port d'amsterdam
Rem (Dm)
y'a des marins qui chantent
Mi bémol M (Eb)
les reves qui les hantent
ReM (D)
au large d'amsterdam

Solm (Gm)
Dans le port d'amsterdam
Rem (Dm)
y'a des marins qui dorment
Dom, ReM (Cm, D)
Comme des oriflames
Solm (Gm)
Le long des berges mornes

Si bemol M (Bb)
Dans le port d'amsterdam
FaM, ReM6 (F, D6)
y'a des marins qui meurent
Solm (Gm)
plein de bières et de drames
Rem (Dm)
aux premières lueurs

Mim (Em)
Mais dans le port d'amsterdam
Rem (Dm)
y'a des marins qui naissent
Dom, ReM (Cm, D)
dans la chaleur épaisse
Solm (Gm)
des langueurs oceanes